Monde des Plantes

Trafic de Cactus au Chili : Le Retour Héroïque d’un Butin de 1,2 Million de Dollars

Découvrez comment les autorités internationales ont démantelé un réseau de trafic de plantes rares, restituant au Chili des spécimens de cactus millénaires volés, d’une valeur inestimable pour la biodiversité du désert d’Atacama.

Le désert d’Atacama, l’un des endroits les plus arides de la planète, a été le théâtre d’un pillage biologique sans précédent. Plus de 1 000 cactus rares, dont certains sont âgés de plus d’un siècle, ont été illicitement arrachés à leur habitat naturel pour alimenter un marché noir international florissant en Europe et en Asie. Évaluée à plus de 1,2 million de dollars, cette cargaison volée a finalement retrouvé le sol chilien grâce à une coopération policière internationale exemplaire baptisée opération « Atacama ».

Les autorités ont confisqué 1 035 des cactus commercialisés illégalement en Italie lors de deux raids en 2020 – la plus grande saisie de ce type en Italie à ce jour, ont rapporté des représentants de l’UICN en décembre. Ces raids ont été le point culminant d’un effort d’un an appelé « Opération Atacama », au cours duquel les autorités italiennes et chiliennes ont collaboré avec l’UICN pour récupérer des plantes volées et les renvoyer au Chili, selon le communiqué d’avril.

Une Opération de Saisie Historique en Italie

Tout commence en 2020, lorsque les autorités italiennes (Carabinieri) réalisent deux saisies majeures dans la région des Marches. L’enquête révèle un réseau sophistiqué dirigé par des collectionneurs et des trafiquants spécialisés. Au total, 1 035 cactus appartenant aux genres Copiapoa et Eriosyce ont été interceptés.

Comme l’expliquait Mindy Weisberger dans son rapport initial, ces plantes sont extrêmement prisées pour leurs formes géométriques uniques et leur croissance extrêmement lente. Un spécimen de seulement 10 centimètres peut avoir mis 50 ans à pousser dans le désert.

Lors du premier raid de confiscation de cactus, en février 2020, les autorités ont trouvé des centaines de Copiapoa et Eriosyce cactus à Senigallia, en Italie, une ville portuaire sur la côte de la mer Adriatique. Neuf mois plus tard, en novembre 2020, l’opération Atacama a récupéré 171 plantes supplémentaires à Rimini, en Italie – 80 du Chili, 89 du Mexique et deux des États-Unis, a annoncé l’UICN en décembre.

Tous les cactus récupérés n’ont pas survécu à la mission de sauvetage et 107 sont morts avant de pouvoir être renvoyés au Chili; 84 autres restent en Italie au jardin botanique Città Studi de Milan, pour que les chercheurs puissent les étudier. Les 844 plantes chiliennes restantes sont retournées dans leur pays d’origine le 19 avril, et elles seront relocalisées dans la nature après une période de quarantaine, pour s’assurer qu’elles ne sont pas porteuses de parasites ou de maladies envahissants qui pourraient se propager à d’autres plantes du désert chilien. , selon l’UICN.

De nombreuses espèces de cactus poussent dans les Amériques, mais on les trouve également dans les pays méditerranéens, en Australie et en Afrique du Sud. du Chili Copiapoa et Eriosyce Les cactus, qui sont parmi les plus rares au monde, peuvent rapporter jusqu’à 1 500 dollars par plante sur le marché noir en Europe et en Asie, selon l’UICN. La collection volée récupérée par l’opération Atacama vaut environ 1,2 million de dollars, a rapporté le New York Times le 20 mai.

Copiapoa cinerea pousse dans les régions arides du nord du Chili.

Le Rapatriement : Un Défi Logistique et Scientifique

En 2021, le gouvernement italien, en collaboration avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et la CITES, a orchestré le retour de 844 spécimens survivants au Chili. Ce fut le plus grand rapatriement de plantes protégées de l’histoire de la CITES.

« C’est une victoire majeure pour la conservation, » ont déclaré les autorités chiliennes lors de la réception des caisses à l’aéroport de Santiago. « Ces plantes ne sont pas seulement des végétaux, elles font partie intégrante de notre patrimoine naturel national. »

Actualités 2023-2024 : Le Combat Continue

Depuis le rapatriement initial, la situation a évolué. Voici les dernières mises à jour sur ce dossier :

  1. Récupération et Quarantaine : Les cactus n’ont pas pu être replantés immédiatement dans le désert. Ils ont été placés sous la garde du Service Agricole et Élevage (SAG) du Chili. Selon les derniers rapports techniques, une partie des plantes a été sauvée grâce à des protocoles de réhydratation lente, mais le taux de mortalité post-transport reste une préoccupation majeure pour les botanistes.

  2. Renforcement de la Surveillance : Le Chili a récemment intensifié l’utilisation de drones et de patrouilles terrestres dans le parc national Pan de Azúcar pour prévenir de nouveaux vols. La « fièvre des cactus » reste élevée sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram et Facebook, où les collectionneurs continuent de poster des photos de spécimens rares, stimulant involontairement la demande.

  3. Lutte contre le « Lavage de Plantes » : Les autorités internationales se concentrent désormais sur le « plant laundering », où des spécimens sauvages sont mélangés à des plantes cultivées en pépinière pour obtenir de faux certificats d’exportation.

Les cactus se présentent sous de nombreuses formes frappantes, du grand saguaro à plusieurs bras (Carnegiea gigantea) dans le désert de Sonora au chili trapu, à longues épines Copiapoa dealbata. De nombreuses espèces de cactus ne poussent qu’en faible abondance dans de petites aires géographiques, ce qui rend les plantes « extrêmement attrayantes pour les collectionneurs » du monde entier, a déclaré l’UICN en décembre.

Selon le Times, le commerce de cactus collectés illégalement a souvent lieu à la vue de tous, avec des succulentes pochées exposées dans les magasins de plantes, annoncées sur les réseaux sociaux et vendues sur les marchés en ligne.

Les Déclarations des Experts

L’expert en cactus et chercheur chilien Pablo Guerrero a souligné l’urgence de la situation :

« Le retrait de ces individus matures de la nature est catastrophique. Ces plantes sont les reproducteurs de la population. Sans eux, le renouvellement génétique s’arrête, condamnant l’espèce à l’extinction à long terme. »

De son côté, l’organisation Traffic, qui surveille le commerce mondial de la vie sauvage, rappelle que le trafic de flore est souvent éclipsé par celui de la faune (ivoire, rhinocéros), alors qu’il est tout aussi lucratif et dévastateur pour les écosystèmes.

Conclusion : Une Vigilance Globale Nécessaire

Le retour de ces 1,2 million de dollars de cactus au Chili marque une étape cruciale, mais le combat est loin d’être terminé. La survie de ces espèces dépend désormais de la capacité du Chili à restaurer ces populations et de la volonté des collectionneurs mondiaux à refuser les plantes d’origine sauvage. La protection de la biodiversité d’Atacama est une responsabilité qui dépasse les frontières, car chaque cactus arraché est une page arrachée à l’histoire de l’évolution terrestre.

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